Sueurs froides
Sueurs froides de Mbuyu Mukalay
Fiche de Lecture de Marie France et Tony
Comité Nord
Résumé
Julien vient de réussir sa thèse en médecine. Son père très fier
organise une fête où il fait beaucoup boire son fils. Celui-ci tombe
malade, une hépatite est diagnostiquée.
Durant sa convalescence il cauchemarde, se voyant incapable de
maîtriser ses mains lors des interventions chirurgicales, cédant à des
pulsions meurtrières. Il obtient un premier poste au sein de l’équipe
médicale d’une polyclinique. Mais lors de sa première intervention,
tétanisé, il ne parvient pas à opérer une appendicite et décide alors de
cesser l’exercice de la médecine.
Il rencontre un vieil ami à qui il raconte son problème, et celui-ci
lui propose de travailler auprès de jeunes en situation d’exclusion dans
une coopérative agricole. Il quitte la clinique, la ville, part
s’installer sur le plateau des Bétékés. Il y découvre des jeunes au
passé difficile, en insertion par l’agriculture. Il se forme sur le
terrain et lie des amitiés avec les salariés et les jeunes.
Il se dévoue à cette mission ; de l’éducatif, la gestion, à la
recherche de financements : il ouvre de nouveaux horizons. Les jeunes,
valorisés, se transforment et participent à la prospérité de la
coopérative. Grâce aux relations nouées par Julien, le centre s’agrandit
et gagne en reconnaissance internationale.
Julien est fiancé à une jeune étudiante en pharmacie qui le rejoint à
la fin de ses études. Leur mariage est une grande fête, parmi leurs
familles mais aussi lors de leur arrivée au centre.
Au cours de cette première année de vie maritale sur le plateau, le
père de Julien meurt, cette épreuve familiale l’affecte beaucoup. Mais
il devient à son tour père ; de deux garçons jumeaux.
Quelques temps après, Julien est convoqué au ministère ; la renommée,
les financements internationaux du centre suscitent les convoitises du
ministre. Afin de contrôler la gestion, le gouvernement nomme un
fonctionnaire au poste de directeur financier, et congédie l’ami
fondateur du centre.
Un sauvetage le ramène cependant vers son destin médical. L’épouse de
Max, un des jeunes protégés de Julien vivant sur le centre, doit partir
de toute urgence accoucher à la maternité, car la naissance s’annonce
difficile. Lorsque Julien l’y conduit, le personnel présent se trouve en
difficulté ; tous les médecins sont en grève, le nouveau-né est déclaré
mort. Armé d’une bassine d’eau froide, d’une autre d’eau chaude et par
les gestes appropriés, Julien parvient à le réanimer.
Les journaux font son éloge, toutes ses connaissances le félicitent;
de quoi reprendre confiance. L’influence de son épouse et l’avenir de
leurs jumeaux le convainquent de revenir à la médecine et à la vie
urbaine.
De retour à Kinshasa, son épouse exerce en pharmacie et lui devient
assistant d’un professeur en chirurgie. Ce dernier lui permet d’obtenir
une bourse d’étude aux USA, afin d’y étudier sa spécialité.
Avant de s’envoler en famille, il se recueille sur la tombe de son père, qui se réjouissait tant que son fils devienne médecin.
COMMENTAIRES :
- La présentation du livre
Roman de 111 pages, édité en 2007.
Un prologue de compassion et d’abnégation, avec une citation de St Exupéry :
« Et j’ai compris l’angoisse des hommes, et j’ai plaint les hommes »
Puis les 3 lignes de DJUNGU Simba K :
« Le récit se lit comme un chant en faveur de l’effort et de
l’abnégation, car la vie est un combat où rien ne s’obtient sans peine »
Le graphisme de la couverture est esthétique : le buste d’un homme. Symbole de générosité et de courage ?
- Avis sur le thème
L’insertion de ces jeunes dits « délinquants » par le
contact avec la nature, la vie en communauté, le travail de la terre
afin de se nourrir et d’approvisionner le village voisin est
intéressante.
- L’auteur
Peu de détails sur sa biographie dans cet ouvrage, voir son autre roman « Le destin d’une infirmière ».
MBUYU MUKALAY est psychologue éducateur.
4. Réactions
Julien dans ses fonctions éducatives ne semble par
prendre la distance nécessaire avec les jeunes, comme essaient d’agir
les professionnels, mais comme un grand frère, il investit beaucoup dans
les affects.
Ce roman ressemble beaucoup au « Destin d’un
infirmière ». On y retrouve le thème central de la médecine, et les
valeurs édifiantes de l’ascension sociale par les études, le mérite, le
dévouement familial, le don de soi et le sauvetage.
Le regard des lecteurs du Comité de lecture Nord diverge :
– Premier lecteur :
La lecture du roman est un voyage réussi : la
description des paysages, l’ambiance, les points communs et les
différences, l’étonnement et le partage…
– Deuxième lecteur :
C’est un roman très léger, trop divertissant et
moraliste. Il me fait penser à un feuilleton télévisé sur la vie d’un
médecin. On y trouve peu d’émotion et le travail d’éducateur reste très
flou.
Il me donne hélas peu à voir et penser sur Kinshasa
et la RDC. Je me questionne davantage sur l’écho de ce type de
littérature et de son auteur.
5. Thèmes d’échanges au sein du comité de lecture
– Le rapport entre Julien et son père.
L’abandon temporaire de la médecine, le départ pour
le centre de rééducation ressemble à un rite initiatique ; un passage à
l’âge adulte, loin des désirs paternels.
– L’évocation de la corruption.
La mise en tutelle du centre par le ministère semble inéluctable et impossible à contrer.
– La perception de la dépression.
La convalescence pleine de délire de Julien suite à
l’hépatite présente tous les symptômes de la dépression, et le conduit à
l’abandon de la chirurgie. L’auteur évoque pourtant la psychanalyse et
lui-même est diplômé de psychologie, mais il n’utilise jamais ce mot.
Comment est conçue la dépression en RDC ? Comment la traite-t-on ?
– La légèreté du roman et le traitement des émotions fait penser aux séries télévisées.
Qu’est-ce qui suscite la popularité dans tant de pays
de série comme « Dallas » ? A quelles attentes, habitudes de récit
répondent-elles ? En quoi peut-on rapprocher cela des structures du
conte ?

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